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jeudi 1 mars 2012

La Bigouden

Pour le breton hors de Bretagne que je suis, une crêperie est comme un phare dans le désert. Un petit bout de culture culinaire bretonne qui réchauffe le cœur des expatriés. Il est pourtant difficile de trouver la perle rare, la krampouezh ed du qui vous fera saliver, tant l'office du crêpier peut sembler aléatoire selon les échoppes. Le maniement du billig ne s'apprend pas en un jour. Débarquant fraîchement au Havre, me voici en quête d'une nouvelle cantine bretonne. La Bigouden sera mon premier essai... 

Au premier abord extérieur, l'échoppe ne semble pas très accueillante. Perdue seule au bout de la Rue de Bretagne, dans le quartier Saint-François, la devanture de la Bigouden dégage quelque chose de vieillot. L'oeuil non averti ignorera sans doute la boutique, mais ma curiosité ne s'arrête pas à l'aspect extérieur d'une crêperie. Je décide donc de pousser la porte de l'établissement, et j'entre. Mon premier regard va en direction du patron, taillé comme une armoire normande, derrière son bar, manifestement occupé à manipuler sa galetière. Un bon point, me dis-je. Au moins ici, la pâte n'aura rien d'industriel. 

La salle est à l'image de la devanture, surannée. Au mur, on y trouve de vieilles photographies représentant le Havre avant-guerre. Quelques éléments de décorum bretons viennent agrémenter le tout. La musique, forte, n'a rien de celtique. On se sent quelque peu déphasé. La serveuse me conduit vers une table au fond de la pièce. Ce midi, le restaurant ne fait pas recette. Seulement cinq couverts.C'est plutôt bon signe, je serai servi rapidement. 

La carte semble calquée sur le reste. Sans fioriture, rustique. Peu de choix, mais l'essentiel. Des galettes traditionnelles, de la complète jambon oeuf fromage à la moins classique savoyarde. J'opte pour cette dernière et commande une petite bouteille de cidre. Loin d'être exceptionnel, ce petit breuvage produit dans l'Oise n'en est pas moins agréable à cette heure du déjeuner. 

Première galette, donc, la savoyarde. Accompagnée d’une petite salade et d'une batterie de lardons, l'objet de ma convoitise se révèle être d'une agréable compagnie. Les divers ingrédients, les pommes de terres, le reblochon, semblent être savamment dosés, avec finesse, et pourtant, la galette remplit copieusement mon espace gastrique. Et que dire de l'élément principal, la pâte ? Cuite à la perfection, elle reste souple tout en étant croquante. C'est à cela que l'on reconnait une galette fraîche. Un véritable délice. Par pure gourmandise, je commande une simple galette beurre. Celle-ci confirme mon diagnostique. Et pour finir, une petite crêpe au chocolat. Classique, mais efficace.

Pour ce repas, j'ai déboursé une vingtaine d'euros. Sans cidre et sans galette beurre bonus, le déjeuner peut revenir autour des quatorze euros. Le rapport qualité/prix est correct, cependant une formule midi autour de dix euros serait appréciée.

Sans fioriture ni chichis, la Bigouden saura ravir les amateurs de galette de tous poils. L'ambiance rustique et familiale rebutera sûrement les amateurs de crêperie-lounge. Mais les galettes y sont excellentes. Entrez-y sans peur, vous ne serez pas déçus. 


La Bigouden, 88 rue de Bretagne, 76600 Le Havre - Ouvert tous les jours sauf le samedi midi et le dimanche.

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